Concarneau et le Sud Finistère en photos. Découvrez avec ce blog, notre belle région de Concarneau avec ses plages, son port, sa ville close, ses bateaux.
A la découverte de l'AfriqueLe paquebot quitta la rade de Marseille le 18 décembre 1948 par un temps froid et ensoleillé. Des mouettes posées sur les flots tanguaient au gré des vagues. De temps en temps, elles étiraient leurs ailes et s’envolaient en poussant des cris qui déchiraient le silence de la mer. Deux d’entre elles s’étaient prises de bec, tombaient dans l’eau, se frappaient, criant furieusement de douleur et de colère, et de nouveau s’élevaient dans les airs à la poursuite l’une de l’autre. D’autres, indifférentes à cette bataille, pêchaient en plongeant dans l’eau verdâtre, transparente. La mer, peu agitée, s’étendait à l’infini et la proue du bateau, fendant en deux vagues égales l’eau dense, d’un vert vitreux, glissait silencieusement.<br />
Pendant la traversée, je passai l’essentiel de mon temps à lire. En prévision de cette traversée qui devait durer sept jours, j’avais emporté plusieurs ouvrages pour tuer le temps, dont Les Grands Cimetières sous la Lune, un des rares ouvrages français écrits à chaud pendant la guerre civile espagnole. L’ouvrage me déçut au premier abord. Il me fallut subir la lecture d’une bonne soixantaine pages où Bernanos cite ses maîtres, Barrès et Drumont, raconte les amitiés de son fils lieutenant dans la Phalange, peste contre « les bien-pensants et les imbéciles qui peuplent le monde », avant d’aborder les atrocités commises par les phalangistes dans l’île de Majorque où il résidait pendant la guerre civile espagnole : « … chaque nuit, des équipes recrutées par lui (le général italien Rossi), opèrent dans les hameaux et jusque dans les faubourgs de Palma. C’était le même coup discret frappé à la porte de l’appartement confortable, ou à celle de la chaumière, le même piétinement dans le jardin plein d’ombre ou sur le palier (…) “Suivez-nous ! ” (…) puis c’est l’escalade du camion où l’on retrouve deux ou trois camarades aussi sombres, aussi résignés, le regard vague (…) “Descendez ! ” Ils descendent, s’alignent, baisent une médaille, ou seulement l’ongle du pouce. Pan ! Pan ! Pan ! (…) l’alcade écrira sur son registre : “mort cérébrale. ” (…) Au début de mars 1937, après sept mois de guerre civile, on comptait trois mille de ces assassinats dans l’île. » Le reste de l’ouvrage était un réquisitoire contre la hiérarchie catholique avec laquelle l’auteur du Journal d’un curé de campagne semblait avoir maille à partir. (à suivre)
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